Zoom sur les médecins de famille en zone rurale

Si l’ensemble du territoire canadien manque de professionnels de la santé, les zones rurales sont encore plus touchées par ce phénomène. Conscients de ce déséquilibre, les provinces et territoires ont mis en place, depuis plusieurs années, un certain nombre de programmes destinés à favoriser l’installation des médecins en zone rurale et en régions. Quels sont-ils? Quelles sont leurs limites?

LES ZONES RURALES EN QUELQUES CHIFFRES

D’après la Société de la médecine rurale du Canada, les zones rurales représentent 98,8 % du territoire canadien (celui-ci étant estimé à 10 millions de kilomètres carrés). Un peu plus de 31 % de la population canadienne, soit 9 millions de personnes, habitent dans des régions essentiellement rurales. Alors que les villages de moins de 10 000 habitants représentent 15,9 % de la population, seulement 11,9 % des médecins y travaillent.  En 2016,  on dénombrait 82 198 médecins au Canada; moins de 7 000 d’entre eux exerçaient dans les zones rurales (8%).

UNE PRATIQUE PLUS DIVERSIFIÉE 

Les médecins de famille exerçant en zone rurale sont amenés à offrir un panel de soins plus diversifiés pour pallier le manque de spécialistes (à peine 2 % dans ces régions). Ils peuvent, au sein d’une même journée, animer un atelier de sensibilisation sur des maladies contagieuses, pratiquer un accouchement, administrer un anesthésique, se rendre à l’urgence….Leur rôle est donc crucial puisqu’ils permettent de rendre plus accessibles certains soins médicaux auxquels n’aurait pas accès la population sans eux.

… QUI PEUT AVOIR SES LIMITES

Étant donné que les soins prodigués par les médecins en milieu rural sont variés, le nombre d’interventions est généralement plus faible que pour les confrères et les consœurs spécialisés dans un domaine exerçant dans les centres urbains. Ainsi, certains ordres professionnels ont souhaité mettre en place des seuils en deçà desquels on estimait que le médecin n’avait plus les compétences requises. C’est ainsi que la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) a exigé que les docteurs devaient pratiquer 25 accouchements pour maintenir leurs compétences. La Saskatchewan, qui avait appliqué cette recommandation à la lettre, a vu le nombre d’accouchements pratiqués par des médecins en zone rurale passer de 80 % à 20 %. Constatant les dégâts, la SOGC s’est ravisée, mais le mal était fait : la Saskatchewan n’a jamais retrouvé les niveaux d’antan.

LES SOLUTIONS POUR CONTRER CETTE RÉPARTITION INÉGALE

  • Programmes et incitatifs

Alors que le Collège des médecins de famille du Canada souhaitait qu’une politique nationale soit prise en faveur des soins prodigués en zone rurale/éloignée, le gouvernement fédéral, en 2013, n’a pas versé de sommes au recrutement et à la rétention de médecins en zones rurales. Les initiatives relèvent donc davantage des provinces, ce qui explique une certaine disparité. Les communes, quant à elles, proposent des aides qui peuvent prendre différentes formes (gratuité du logement, mise à disposition d’un véhicule de fonction, aides à l’emploi pour le conjoint, aides pour la scolarisation des enfants…).

  • La manne étrangère… à court terme

Une des solutions pour pallier, non pas la pénurie de médecins, mais leur mauvaise répartition sur le territoire, est de faire appel aux médecins formés à l’étranger. Environ 26 % des praticiens au Canada ont été formés à l’étranger. Cette solution pour les zones rurales peut apparaître comme un leurre, car les médecins étrangers acceptent la contrainte de travailler dans les zones rurales et, une fois leur permis d’exercer au Canada en poche, ils sont très nombreux à déménager vers les villes (76 %). Cette solution engendre donc un taux de rotation très élevé dans les zones reculées.

  • S’investir auprès des jeunes de la région

Il est définitivement établi qu’il est difficile de faire venir un médecin ayant grandi, suivi ses études ou encore débuté sa carrière en ville. Les actions menées actuellement tournent davantage autour de la rétention. D’une part, il s’agit de faire découvrir aux jeunes des milieux ruraux le métier de médecin. D’autre part, il est important d’inciter les natifs de ces régions étudiant la médecine en ville à les exposer au maximum à leur région d’origine par le biais de stages, de formations ponctuelles… afin de les confronter aux particularités de la pratique en zone rurale.

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